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Shakespeare à l’Ecole alsacienne : l’ATEA fête ses 60 ans en grand

il y a 9 heures
4 min de lecture

Soixante ans, et toujours aucun signe d'essoufflement. Cette année, l'ATEA printemps a, encore une fois, signé une performance époustouflante. Après les deux comédies de Labiche en 2025, ce sont deux mastodontes de la tragédie qui ont envahi la scène du Théâtre de l'École Alsacienne : Macbeth et Richard III de Shakespeare. Douze représentations, plus de 2100 spectateurs : le pari est réussi.


Deux tragédies, deux tyrans, une même démesure


Le thème de l'ATEA cette année, Mythes et Compagnie, ouvrait naturellement la voie à de grandes pièces. Shakespeare s'imposait, avec ses personnages hors-normes, sa langue exigeante, ses scènes d'une grande densité dramatique qui exigent une grande présence scénique de la part des comédiens.


D'un côté, Macbeth, un général écossais que l'ambition et les prophéties de trois sorcières mènent au meurtre, à la tyrannie, puis à la folie. De l'autre, Richard III, un prince difforme et cynique qui manipule et élimine tout ce qui se met en travers de sa route vers le trône d'Angleterre. Deux trajectoires en miroir, deux hommes consumés par la même hybris.


Un choix de pièces taillé sur mesure pour l’ATEA


Pourquoi Macbeth et Richard III ? La réponse tient en deux mots : ambition et confiance. Le chemin vers ces deux pièces n'a pourtant pas été simple. Comme le raconte Joséphine B., qui incarnait Ross dans Macbeth : "Au début on était censés jouer d'autres pièces, mais suite à des problèmes de droits d'auteur on a dû tout changer juste avant Noël." Un coup certes dur, mais qui n'a pas entamé l'ambition du projet. Les professeurs ont alors choisi de se tourner vers deux œuvres particulièrement exigeantes, portées par des thèmes profondément actuels. "Elles parlent de choses comme la guerre, le pouvoir utilisé parfois pas à bon escient", poursuit-elle, "et il me semble que c'étaient des pièces que les professeurs avaient envie de monter depuis longtemps déjà, et ça nous a tous motivés à faire des spectacles incroyables." Emma V., qui incarnait Lady Anne dans Richard III, le confirme : "C'est un rêve de metteur en scène, rendu possible parce que les professeurs savent à quel point nous sommes impliqués." Une soixantaine de comédiens, deux pièces, deux distributions chacune : le projet était colossal, tout comme le dévouement des élèves.


De la page à la scène


S'emparer de Shakespeare, ça ne s'improvise pas. "La première fois que j'ai lu la pièce, je n'ai absolument rien compris, comme la très grande majorité de la troupe, je pense", confie Joséphine B. C'est lors de la semaine de répétitions intensives, quand tout a été mis en scène et transposé en trois dimensions, que les choses ont commencé à prendre sens. Et la découverte ne s'est pas arrêtée là : "Même pendant la semaine de représentations, à chaque fois que je jouais ou que je regardais les autres jouer, je comprenais et redécouvrais de nouvelles choses. C'était une sorte de redécouverte permanente."


S'approprier son personnage a été un défi à part entière. Emma V. témoigne : "C'était compliqué de se mettre dans la peau de Lady Anne. J'ai dû regarder beaucoup de mises en scène, notamment pour bien jouer les émotions lors de la scène du cercueil". Un travail de fond, patient et exigeant, dont les représentations ont été la plus belle récompense.


© Antoine Bonfils
© Antoine Bonfils

Une famille sur scène


L’ATEA, c’est un espace à part dans l’école. "C'est un endroit complètement différent du quotidien", explique Ysé T.M. "On est beaucoup plus libres, on peut vraiment s'exprimer, jouer différents personnages, tester plein de choses, et voir aussi les autres se transformer dans des rôles totalement différents d'eux." Mais c'est peut-être dans les coulisses que la magie opère le plus. "L'ambiance avant d'entrer sur scène est incroyable", raconte Ysé T.M. "À la fois un peu bordélique et très stressante. On discute, on écrit des petits mots encourageants sur les murs, on se maquille, on joue… Ceux qui vont bientôt entrer sur scène récitent leur texte en faisant des allers-retours sur les côtés. Sincèrement, ce sont des souvenirs incroyables." Emma V. confirme cette solidarité unique : "Lorsqu'on est en coulisse, on stresse pour que nos amis sur le plateau réussissent leur passage, et on se félicite mutuellement après chaque scène."


Au-delà du théâtre, l'ATEA est avant tout une aventure humaine. "On rencontre des personnes de tout le lycée avec qui on n'aurait jamais eu l'occasion de parler", résume Emma V. Pour Ysé T.M., l'apport est plus profond encore : "L'ATEA m'a apporté beaucoup plus de confiance en moi et une vraie aisance à l'oral. Mais surtout des souvenirs qui restent toute une vie, des liens très forts, et l'impression de faire partie de quelque chose de plus grand que nous." Une impression que Joséphine B. résume à sa façon : ces mois de travail ont été pour elle "un moyen de grandir : j'ai appris à mieux me connaître, j'ai surmonté des choses qui me mettaient mal à l'aise."


Un public conquis


Le public, lui, a répondu présent. Plus de 2100 spectateurs réunis sur douze représentations ; un chiffre qui dit tout de l'engouement que suscite l'ATEA au sein de l'École Alsacienne et au-delà. C’est donc sans surprise que, après la dernière représentation, une longue standing ovation a accompagné les saluts des comédiens, des professeurs et metteurs en scène, sans oublier M. Parent qui dirige l’atelier depuis 25 ans. Soixante ans après sa création, l'atelier n'a rien perdu de sa capacité à surprendre, à émouvoir, et à remplir les salles.

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