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Rencontre avec Fanny Poirier - CPE du Lycée

il y a 6 heures
7 min de lecture

Graffiti : Bonjour, Madame, vous êtes originaire de Haute-Savoie et vous avez intégré l’Ecole alsacienne en octobre 2025. Parlez-nous de votre parcours.

Fanny Poirier : Au départ, mon rêve était de devenir chirurgien. Mais pour cela, il fallait être excellente en maths, ce qui n’était malheureusement pas mon cas. J’ai alors passé un Bac ES (Economique et Social) Italien LV3. Souhaitant désormais devenir professeur, j’ai ensuite fait 2 masters : un en LLCE Italien (Langue, Littérature et Culture Etrangère Italiennes), qui m'a permis d'enseigner en collège et en lycée dans les régions de Chambéry et de Reims, et un en Français Langue Etrangère, afin d'enseigner à un public ne parlant pas le français, ou dans les établissements français à l'étranger. En attendant de trouver un poste dans un pays étranger qui m'intéressait, j’ai été AED (Assistante d'Education) et j'ai passé en parallèle le concours de CPE, que j’ai réussi. 

Après l'obtention du concours vient la période plus complexe à gérer : notre affectation. Les nouveaux personnels sont affectés en fonction des besoins, et le concours étant national, cela implique qu'ils ne sont pas forcément affectés dans la même académie que leur lieu de résidence. Pour ma part, j'habitais à Grenoble et on m'a affectée en Seine-Saint-Denis. J'ai été par la suite dans plusieurs établissements différents, dont 10 ans dans un lycée polyvalent de Seine-et-Marne et 3 ans à la Maison d'Education de la Légion d'honneur à Saint-Germain-en-Laye, avant d’intégrer finalement l’EA en octobre.


G. : Qu'est-ce qui vous a attiré dans ce métier ?

F.P. : L'éducatif d'un point de vue global, car c'est un métier où l'on se rend utile : on accompagne les élèves pour qu’ils se sentent bien scolairement et personnellement. J’apprécie l’altruisme et pouvoir aider les autres. C’était finalement en accord avec mes valeurs personnelles.


G. : Pouvez-vous développer un peu le métier de CPE ?

F.P. : Un conseiller principal d'éducation est un éducateur. Il est le référent qui accompagne les élèves aussi bien dans la discipline et l'assiduité que dans leur orientation et dans leur vie au quotidien, c’est-à-dire aussi bien en tant qu'élève qu'en tant qu'adolescent / jeune adulte, pour les aider notamment à surmonter les difficultés qu'ils peuvent rencontrer à l’école, ou parfois même à la maison. 

Le CPE va soit gérer le problème directement avec l’élève, soit il va le rediriger vers des personnes qui vont pouvoir l’aider de façon plus spécifique. A côté, il y a une face moins agréable, qui est la partie discipline : devoir sanctionner, par exemple. 


G. : Quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon CPE ?

F.P. : Il y a deux volets : d’abord, avoir une écoute ouverte et bienveillante. Mais il faut aussi être ferme car, en tant qu'éducateur, on doit savoir poser un cadre, pour être garant des règles. 


G. : Pouvez-vous décrire le déroulement d'une journée type ?

F.P. : Les journées ne se ressemblent pas. J'ai 18 classes ici, il faut être multi-tâches et savoir s’adapter aux urgences. Dans une journée, je vais devoir gérer le relationnel avec les familles, recevoir des élèves, aider à l'orientation, faire des interventions en classe, accompagner aussi parfois les enseignants quand ils se retrouvent dans une situation problématique avec un élève ou avec une famille... La direction, le pôle médical ou les psychologues peuvent aussi me solliciter sur une situation pour avoir mon avis, et inversement. Nous communiquons beaucoup les uns avec les autres.

Il y a également une collaboration très importante avec les adjoints de niveau : nous sommes une vraie équipe de vie scolaire avec tous les adjoints d’éducation (de niveau, de loge), Mme Musso, assistante de M. Portnoy, M. Amara, M. Fabrejon et, dans une moindre mesure, M. Bourdeau, CPE du Petit Collège. 


G. : Aviez-vous été CPE seulement au lycée ou également pour le collège précédemment ?

F.P. : J'ai été CPE au collège et au lycée, en internat et en externat, dans des établissements plus ou moins difficiles. Dans le 38, le 93 et le 77, j’étais au lycée, à la Maison d'Education de St-Germain-en-Laye, j’étais au collège. 


G. : Et quelle est la principale différence que vous avez pu remarquer entre votre fonction au collège et au lycée ?

F.P. : La principale différence, c'est l'évolution de la maturité des élèves. Au collège, on n'est pas du tout sur la même dynamique, les élèves attendent encore beaucoup de l'adulte dans le quotidien. Les lycéens sont déjà plus autonomes dans le travail et la réflexion: ils ont donc besoin de nous pour d'autres thématiques.


G : Avez-vous une anecdote que vous pourriez nous partager liée au métier de CPE ?

F.P. : J'ai été CPE dans un établissement qui avait un internat, près de Grenoble. Un jour, il y a eu de très fortes chutes de neige, plus conséquentes que prévues. Les bus ont été mis à l’arrêt. Il n’y avait plus aucun transport et de nombreux élèves étaient bloqués dans l'établissement. Il fallait traiter l’urgence et s’adapter très rapidement. Du covoiturage entre parents a été mis en place, et pour les élèves résidant en station, et n'ayant aucun moyen de rentrer car les routes étaient impraticables, nous avons mis en place une espèce de camping géant à l'internat, en installant des matelas supplémentaires. Nous avons demandé aux AED et aux cuisiniers de rester afin de pouvoir accueillir les élèves le mieux possible. Pendant la soirée, nous avons organisé des jeux, un tournoi de volley dans le gymnase, et finalement nous avons passé un super moment. Je suis d'ailleurs encore en contact avec ces élèves encore aujourd'hui, cela avait créé des liens très forts. Il faut savoir traiter des situations inattendues !


G. : Lorsque vous avez postulé au poste de CPE ici à l’EA, précédemment occupé par Mme Santorsola [NDLR : professeure de maths au lycée], pourquoi avez-vous choisi l’Alsacienne en particulier ?

F.P. : Alors, ce qui m'a attiré ici, c'est la bienveillance affichée par l'école, l'importance qui est accordée à la relation avec l'élève et à son épanouissement. Ce n'est pas dans tous les établissements que l'on trouve cela, et cela me semblait être une chance d'évoluer dans ce cadre. La place de l'orientation, sous l'impulsion de M. Parent et sous la houlette de M. Portnoy, qui m'avait notamment présenté le travail conséquent qu'il réalisait sur cette thématique, est également un item passionnant à mon sens.


G. : L'École passe par un moment de transition difficile [NDLR : Le changement de direction]. Comment le traversez-vous ?

F.P. : C’est difficile pour moi de m'exprimer sur ce sujet parce qu'effectivement je suis arrivée le 6 octobre 2025. Comme je n’ai pas encore un long vécu au sein de l'École, je suis plutôt dans une phase d'observation et de découverte. Il est certain que lorsque l'on arrive quelque part et qu’il y a une crise, ce n'est pas évident de trouver sa place et d'établir une relation avec tous, mais il n’y a pas de raison pour que tout ne rentre pas en ordre à un moment donné ! 

L’important, c'est cette chance que je mesure d’être malgré tout entourée d’une très bonne équipe, qui arrive à gérer sur tous les fronts.


G. : Est-ce qu'il y a des améliorations que vous souhaiteriez mettre en place au lycée ?

F.P. : Je pense que mon expérience peut être intéressante pour l'Ecole dans le fait d'apporter ma vision de l'enseignement public et de mes différents parcours. Dans les établissements dans lesquels j'ai travaillé, j'ai toujours cherché à faire évoluer les relations des équipes au maximum vers la cohésion, vers la solidarité, vers l'entraide. Mon jugement est actuellement biaisé par la particularité de la situation actuelle à l'EA : il est difficile pour moi de me faire un avis pour le moment et de savoir sur quels axes je pourrais réellement travailler. Les choses vont évoluer naturellement une fois que la situation sera stable à l’EA, et je pourrai alors me projeter et proposer mes compétences.


G. : Quel type de relation souhaitez-vous bâtir avec les élèves ?

F.P. : Il y a deux points importants. D’abord, c’est la confiance : je fais en sorte que les élèves puissent venir se confier à moi s' ils en ressentent le besoin. Mais j'attends moi aussi de pouvoir leur faire confiance, car c'est un échange qui doit aller dans les deux sens. Deuxièmement, j'accorde énormément d'importance au respect et à la transparence. Ce sont vraiment des valeurs qui, pour moi, sont essentielles au quotidien. Je les applique déjà dans mon quotidien, en tant que personne, en tant que maman, mais en tant que CPE, ça me semble indispensable. Et c'est ce que j'essaye en tout cas de construire ici, en restant quelqu'un d'accessible, de franc et de simple.


G : Un mot de la fin ?

F.P. : Malgré ce contexte un petit peu particulier, je suis ravie d'avoir intégré les équipes de l'Ecole alsacienne. Je trouve que les élèves sont agréables et que l'ambiance est sympathique. J'espère pouvoir apporter quelques idées dans le futur, à terme, lorsque les choses seront plus apaisées. Mon objectif reste néanmoins de seconder au mieux M. Portnoy [NDLR : en arrêt au moment de l'interview] notamment dans sa tâche dans l'orientation, dans la mesure où c'est un véritable expert dans ce domaine. J'espère être vite aussi opérationnelle que lui! Ce nouveau poste à l'EA me permet de continuer à me former, car ce n'est pas parce que j'ai maintenant presque 20 ans d'expérience que je n'en apprends pas encore aujourd'hui : CPE est un métier très riche et passionnant où l'on évolue davantage chaque jour, grâce aux échanges quotidiens avec les élèves, les familles et les équipes.

Ce que Mme Poirier préfère

  • La couleur : le bleu canard

  • Une fleur : le lilas

  • Un lieu pour les vacances : la montagne

  • Sucré ou salé : sucré, j’aime beaucoup la pâtisserie 

  • Vos hobbies : la lecture et les voyages

  • Les arts ? La littérature et le théâtre

  • Le livre de chevet actuel : éclectique, cela va de Pour qui sonne le glas d'Ernest Hemingway à The Witcher, en passant par Stephen King et Isaac Azimov

  • Un personnage dans la fiction ? Je suis une Potterhead dans l'âme, mais j’aime aussi l’univers DC, avec des personnages un peu torturés qui évoluent

  • Une qualité ? La bienveillance

  • Un point à améliorer ? La susceptibilité

  • Une personne qui vous inspire ? Mes enfants

  • La qualité que vous préférez chez une personne ? L'altruisme

  • Votre rêve de vie accomplie ? Pouvoir rendre les gens heureux


Propos recueillis par Frédéric et Alexandre L.S.-M.



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