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Un métier, une interview : nettoyeur de scène de crime

Depuis plus de deux ans, dans chacun de nos numéros, nous vous présentons un métier à travers une interview. Pour cette vingt-sixième édition, nous avons pu rencontrer Julien Martel, nettoyeur de scène de crime.


G : Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Julien Martel, je suis le président et le fondateur du groupe NAD. Avant de fonder cette entreprise, il y a eu trois années de recherche et de développement ; je suis issu du milieu funéraire, donc je connaissais le métier. Je suis également technicien préleveur - c’est-à-dire que je vais faire des prélèvements sur le site avant et après l'intervention pour vérifier que le travail a été correctement effectué - et superviseur du laboratoire. Et puis j'adore la vie, j’adore les être humains - même s’il y a des c**s partout !


G : Pouvez-vous nous présenter le métier de nettoyeur de scène de crime en quelques mots ?

Le nettoyage de scène de crime en lui-même représente 2 % de notre activité à l’année ; tout le reste, ce sont des découvertes tardives et des suicides. Heureusement qu’on a pas autant de crimes qu’aux États-Unis d’ailleurs !

Le métier de nettoyeur “tout court”, c’est de décontaminer, de désinfecter, d’effacer toutes les traces d’un décès, quel qu’il soit. Notre objectif c’est zéro trace, zéro odeur.


G : Quel a été votre parcours pour en arriver là ?

Comme mentionné précédemment, je viens du milieu funéraire, donc j’ai pu observer les différents services proposés par les entreprises dans ce domaine, puis je me suis lancé personnellement dans le nettoyage et la désinfection : le groupe NAD est né en 2017. Depuis, on doit avoir fait entre 500 et 600 interventions.


G : Pouvez-vous nous parler plus en détail du groupe ?

Le groupe est composé de plusieurs hommes et plusieurs femmes qui se rendent quotidiennement sur le terrain, et qui interviennent sur tout le territoire. À l’origine c’est une entreprise familiale : c’est moi qui l’ai créée, puis ma femme m’a rejoint, puis encore d’autres membres de la famille…

Nous disposons également d’un laboratoire en microbiologie pour les différentes analyses ; nous sommes la seule entreprise française à en avoir un.


G : Concrètement, comment ça se passe une intervention type ?

Il n’y a pas d’intervention type ; chaque intervention est différente. Vous n’aurez jamais deux calibres similaires pour deux morts différentes. Si c’est un sucide par balle, comment la personne a-t-elle positionné l’arme ? Dans sa bouche ? Contre sa tempe ? Et où se trouvait-elle ? Dans sa chambre ? Dans son lit ? Est-ce que les portes étaient ouvertes ou bien fermées ? Tous ces petits détails font une grande différence. Par exemple, une fois, on a eu un sucide par balle, et il y a eu des dégâts jusque dans le garage… À l’inverse, il y a des décès qui font très peu de dommages : juste le matelas et la tête de lit.

Et lorsque vous avez un décès, ce n’est pas simplement un petit coup de serpillère, un destructeur d’odeur et un peu de vinaigre blanc ; c’est très technique, il faut être extrêmement méticuleux et pointilleux.



G : Vous travaillez donc main dans la main avec la police ?

Ça dépend vraiment des interventions. Quand on a des réquisitions judiciaires, là, oui, on travaille avec des tribunaux par exemple. Mais ça reste assez rare. La plupart du temps, ce sont des particuliers, des familles qui nous contactent.

À partir de 2022, nous allons commencer à travailler avec le T.I.C., les Techniciens en Identification Criminelle de la gendarmerie : nous allons leur faire des sensibilisations sur la décontamination et la désinfection de leurs outils de travail, pour éviter les contaminations croisées sur les scènes de crime, justement.



G : Comment êtes-vous rémunérés, par le particulier, par la ville, par la région… ?

C’est le client qui paye ! Lorsque c’est le particulier qui fait appel à nos services, c’est lui qui paye l’intervention. Quand c’est la région, comme la région Grand Est, c’est elle qui paye, et quand ce sont les tribunaux, c’est le ministère de la Justice. De même, lorsque c’est un centre pénitentiaire qui nous appelle, c’est l’administration qui nous envoie l’argent.


G : Y a t-il une intervention qui vous a marqué plus que les autres ?

Oui, une intervention pour un sucide par arme blanche. Petit problème : le mari de la victime ne voulait pas quitter les lieux. On a donc dû réaliser l’intervention un peu à l’ancienne, sans toutes les machines, en faisant face à ce monsieur, qui criait et qui gémissait. C’est la seule intervention qui m’ait vraiment marquée à ce point, c’est une exception.


G : Vous êtes relativement présent sur les réseaux sociaux, notamment Instagram je crois, vous trouvez important de partager votre quotidien ?

Oui, bien sûr. Notre métier est assez peu connu, il faut vraiment faire preuve de pédagogie, expliquer que quand il y a un décès, on appelle les pompes funèbres, et que quand il y a une découverte tardive d’un corps, on appelle les sociétés spécialisées, comme le groupe NAD, pour décontaminer les lieux. C’est vraiment dans ce but là, et non pas dans un but de voyeurisme. Bien sûr, on ne montre pas tout, on ne montre pas d’images gores : comparez avec des films d’épouvante ou des jeux vidéos, vous verrez la différence.



Merci à Julien Martel, et à tout le groupe NAD, d’avoir accepté cet entretien !


Propos recueillis par Alexandre Barbaron



 






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