25/05/2020

Un métier, une interview

Comédien

Pour ce numéro, Graffiti est parti à la rencontre d’une personne dont la voix est nationalement connue : Simone Hérault. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais elle depuis plusieurs dizaines d’années la voix qui nous apprend que “Le train numéro 8649, à destination de La Rochelle, entrera en gare voie 3”. Elle nous conseille également souvent de nous “éloigner de la bordure du quai”. 

Graffiti : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Simone Hérault : Alors, en quelques mots. Je suis la voix officielle de la SNCF depuis fort longtemps,

mais j’ai fait bien d’autres choses et je continue à faire bien d’autres choses en même temps.

 

G : Avez-vous travaillé dans des films ? 

S.H. : Je n’ai pas énormément travaillé sur des films, j’ai fait quelques petites voix, par-ci par-là. Le

dernier en date c’était le film de Michel Gondry, L’Écume des jours, bien sûr d’après l’œuvre formidable

de Boris Vian, dont on fête cette année le centenaire de la naissance. C’est quelqu’un que j’adore, c’est

un auteur merveilleux.

 

G : Nous avons ouï dire que vous aviez travaillé dans la radio...

S.H. : (rires) Vous avez bien ouï dire, j’ai travaillé dans la radio. Ca a été une très grosse partie de ma vie, puisque j’ai commencé quand j’avais vingt ans, et j’en suis partie en 2000, lors de mes 50 ans. Donc j’ai travaillé pendant un peu plus de trente ans à FIP, une radio formidable où il y a tous les styles de musique, et j’étais animatrice sur cette radio. 

 

G : Quel est votre meilleur souvenir en tant que voix-off ?

S.H. : A la radio, les meilleurs souvenirs, ce sont les fous rires que nous avions lorsque nous étions deux à l’antenne lors d’une époque faste, au début de cette magnifique radio, qui était toute jeune, et là on avait des fous rires extraordinaires avec mes camarades d’antenne. Ça c’est un très très bon souvenir. Les bons souvenirs que j’ai aussi, par exemple à la SNCF en tant que voix-off, ce sont des annonces pour un premier avril que j’avais eu la chance de faire dans les haut-parleurs de la SNCF, d’ailleurs des annonces que je crois qu’on peut retrouver encore aujourd’hui sur Internet. C’était très amusant. 

 

G : Ça mène à la prochaine question qui est : comment se passent les enregistrements à la SNCF ?

S.H. : Autrefois, on enregistrait des textes dans leur globalité, c’est-à-dire qu’il y avait trois annonces par train : une annonce d’arrivée en gare, une annonce en gare et une annonce de départ. Et ces annonces étaient diffusées après dans les gares, sur différents supports. Maintenant ce sont des fichiers informatiques que j’enregistre. Ce sont des mots, des groupes de mots, ou des petites phrases, qui ensuite sont recollés informatiquement pour les besoins de chaque gare. Donc j’ai enregistré énormément de mots, et en plusieurs intonations, pour que le son et le ton de la phrase soient corrects. Par exemple si je vous dis : “le train 10944”, il y a plusieurs morceaux. Il y a “le train”, il y a “10000”, “900”, et “44”. Vous voyez ? Ce sont des fichiers qui sont assemblés. 

G. : Mais justement, est-ce que vous travaillez encore pour la SNCF ?

S.H. : Oui, je continue à travailler, cette entreprise est merveilleuse, elle est extrêmement fidèle. Et c’est assez bizarre d’ailleurs, parce que je ne suis pas “cheminote”, (c’est le nom qu’on donne aux femmes qui travaillent à la SNCF, il y a des cheminots et des cheminotes). Alors n’étant pas cheminote, j’ai quand même vraiment la sensation de faire partie de cette entreprise, bien que je sois comédienne engagée par la SNCF depuis 39 ans maintenant.

 

G : Vous avez aussi fondé une compagnie. Pouvez-vous nous la présenter ?

S.H. : Bien sûr, avec plaisir ! J’ai créé avec un ami cette compagnie qui s’appelle “Lire autrement”, et qui m’a permis de voyager pas mal, d’ailleurs, notamment en Asie centrale, et qui me permet toujours de faire des représentations littéraires devant le public. Alors il y a de la musique, ou des images, ou les deux, il y a des grandes salles, des petites salles, on peut tout faire avec de la lecture, c’est formidable.

 

G. : Est-ce que vous avez un conseil à donner aux futurs comédiens et comédiennes ?

S.H. : (Rires) Mon Dieu, c’est un métier si difficile ! C’est un métier extraordinaire, parce que quand on le fait, c’est parce qu’on l’aime ; aimer ce que l’on fait, travailler dans quelque chose qu’on aime c’est quand même quelque chose d’important dans l’existence. Mais il y a beaucoup de personnes qui veulent faire ce métier et  peu d’élus. Maintenant on n’est pas obligé de devenir une vedette, il y a beaucoup d’artisans, de bons comédiens, qui ne sont pas tout en haut de l’affiche, mais ça, ce n’est pas grave. Mon conseil : oui, devenez comédien, c’est un métier qui s’apprend et qui donne de grandes joies. Mais c’est difficile. Alors patience, courage, volonté, comme pour tous les métiers d’ailleurs. Mais en plus si on l’aime, c’est génial.

 

G. : C’est le principal. Quand vous entendez une voix-off ou un doublage, avez-vous un avis très critique sur ce que vous auditionnez ? 

S.H. : Je ne juge pas souvent mes pairs, c’est très difficile de juger quelqu’un, c’est épouvantable. On me demande très souvent de faire partie de jurys de festivals, de films, de films amateurs. Je déteste ça, c’est dur de donner un avis. Mais les doublages sont de mieux en mieux, je trouve, au fil des années, c’est extraordinaire. C’est un vrai métier, c’est une des facettes du métier de comédien, toujours, et c’est un très beau métier, très difficile. Vous pouvez aller regarder un site qui regroupe tous les grands professionnels de la pub, du doublage, ça s’appelle “lesvoix.fr”. Sur ce site vous pouvez entendre des tas de démonstrations très sympathiques de plein de comédiens. Donc le doublage, je trouve que c’est très bien ! Bon, je pense que c’est aussi bien de regarder des séries et des films en VO. Mais il n’empêche que les doubleurs sont des gens formidables.

Propos recueillis par Alexandre Barbaron et Owen Samama-Brault

Cette interview est disponible dans son intégralité en podcast

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