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Un métier, une interview : sculpteur

Dans chaque numéro, avec la rubrique Un métier, une interview, nous vous emmenons découvrir un métier. Parfois insolites, d’autres fois plus prosaïques, ce sont plus de vingt professions qui ont trouvé leur place dans les pages journal de l’École. Ici, c’est le métier de sculpteur qui rejoint notre palmarès, avec le témoignage de Sandra Zeenni.

 

Graffiti : Bonjour, nous sommes ravis de vous rencontrer aujourd’hui. Commençons par parler de vos débuts dans le monde de la sculpture. Comment avez-vous découvert votre vocation pour cet art en particulier ? Était-ce une évidence ?

Sandra Zeenni : Bonjour Graffiti ! Ma passion pour la sculpture a émergé pendant mes études à New York, où je poursuivais un master en économie. J'ai eu la chance d'y découvrir de nombreux musées exposant diverses œuvres, ce qui a suscité en moi l’envie de me confronter au matériau Terre. C'est là que j'ai décidé de me former auprès de maîtres d'art spécialisés dans les Arts du feu pour apprendre les techniques dédiées à la terre et aussi à la fabrication des émaux, notamment en chimie, afin de mettre au point la fusion optimale du grès - le matériau que j'ai choisi pour mes sculptures.


G. : C’est très intéressant, merci de partager avec nous votre parcours de découverte. Pouvez-vous nous parler davantage des techniques spécifiques de votre métier, en particulier celles liées à la céramique ?

S. Z. : La céramique est un art du feu, une transformation du grès visant à lui donner une forme qui, après plusieurs étapes - dont deux cuissons -, devient une sculpture. Donc après avoir obtenu la forme désirée, nous procédons à une première cuisson à 980°C pour obtenir ce que l'on appelle « le biscuit » dans le jargon. Ensuite, nous appliquons l'émail, et vient la seconde cuisson à 1 280°C, ce qui fait fondre l'émail et qui donne à la pièce sa texture finale et sa couleur. Ces étapes doivent être suivies très minutieusement pour la bonne réussite d’une sculpture. Ça demande une rigueur de chimiste tout autant que de la créativité pour la conception des œuvres !


G. : Pouvez-vous nous raconter une anecdote marquante de votre parcours artistique ?

S. Z. : Certainement. Un moment clé a été ma découverte fortuite d'une exposition d'Alberto Giacometti à New York, à peu près au moment où j’ai réalisé que je voulais faire de la sculpture mon métier. Les silhouettes de ses sculptures m’ont captivées. Cela a été une véritable révélation artistique pour moi, une expérience qui a profondément influencé ma vision et ma pratique artistique et qui a ouvert pour moi un nouveau champ de possibilités dans la création. Cet événement m’a aussi donné envie d’approfondir ma culture artistique.






G. : Cela nous paraît très inspirant. Parlons maintenant de l'organisation d'une exposition. Comment abordez-vous la création d'une exposition - qu’elle soit individuelle ou en collaboration avec d'autres artistes ?

S. Z. : L'organisation d'une exposition implique un partenariat avec un galeriste, un conservateur ou un curateur. Que ce soit un solo show ou une exposition collective, la collaboration est essentielle pour présenter au mieux les œuvres. La préparation implique également des délais stricts, notamment pour la réalisation des pièces, le séchage, la cuisson, et la remise des créations à la galerie plusieurs mois avant l'événement - selon les demandes du galeriste bien sûr.


G. : Parlons de votre prochaine exposition, « Horizons ». Pouvez-vous nous en dire plus sur son concept et les défis auxquels vous faites face ?

S. Z. : « Horizons » sera une exposition regroupant 80 artistes, chacun offrant un regard unique sur la thématique de l'horizon à travers leur art respectif, que ce soit la sculpture, la peinture, la photographie… Mon travail s’est basé sur la quête d'un horizon meilleur, comme celle des migrants vers l’Occident, avec des bras tendus se dirigeant éperdument vers cet Eldorado. (Exposition @galeriecapazza du 23 mars au 23 juin 2024)

Les contraintes liées à la taille des fours nécessitent une planification minutieuse, avec la création de six pièces en quatre mois, comprenant le temps de séchage et de cuisson.


G. : Enfin, parlons d'inspiration. Pouvez-vous évoquer un artiste ou un événement qui vous a influencée pour vos créations ?

S. Z. : Germaine Richier a été depuis mes débuts une grande source d'inspiration. C’est une artiste avant-gardiste qui a su prendre sa place dans la société de son époque mais qui comme beaucoup de femmes a été occultée par l’Histoire. Elle a récemment eu une rétrospective au Centre Georges Pompidou. Son œuvre est majeure. Elle a mis en lumière les corps de femmes et d’hommes à l’épreuve de la vie notamment après la tragédie de la Seconde Guerre mondiale. Ce qui se traduit dans mon travail par la tentative de création d’émotions chez le public. J’essaye de créer des interactions significatives avec les regardeurs de mes œuvres afin de créer une sorte de connexion. Cela m’amène à réfléchir au rôle de l'art dans la mise en lumière de questions sociétales importantes et du lien entre l'artiste et le monde qui l’entoure et façonne ses créations.


G. : Merci beaucoup d'avoir partagé votre parcours et votre vision artistique avec nous aujourd'hui. Nous attendons avec impatience de découvrir vos œuvres à l'exposition « Horizons » !


Propos recueillis par Ines Kettani

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