Un métier, une interview : Psychologue

Pour ce numéro, nous avons interviewé Emmanuel Hervé-Lauvray, psychologue à l’École. Il nous parle de son métier, de son quotidien.



Graffiti : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Emmanuel Hervé-Lauvray : Je m’appelle Emmanuel Hervé-Lauvray, je suis un des deux psychologues du Grand Collège de l’École alsacienne. Et je suis psychologue à l’École depuis dix-huit ans. Je travaille également en tant que psychologue dans d’autres institutions, dans des placements familiaux, et je fais des thérapies.

G : Vous êtes psychologue, en quoi consiste exactement votre métier ?

E.H : Le métier de psychologue consiste à écouter les élèves, mais aussi les parents et les adultes.

En tout cas, le psychologue à l’École est là pour aider les élèves à être plus disponible dans leur tête ; parce que parfois à l’école, il faut être disponible pour apprendre. Si par exemple, on a des difficultés, il peut y avoir plein d’accidents dans la vie, des conflits familiaux, des situations de stress diverses et variées, comme le coronavirus par exemple. Cela va inquiéter l’élève et l’empêcher de bien apprendre. C’est pour ça que quand on vient nous voir, nous ne sommes pas là pour juger, pour dire ce qui est bien, ou ce qui est mal, mais on est là pour réfléchir avec eux à ce qui les dérange, ce qui les empêche de bien apprendre.


G : Pour vous quel est le rôle principal d’un psychologue ?

E.H : Le rôle principal d’un psychologue à l’école, c’est d’écouter et d’aider, que ce soit l’élève, le parent ou le professeur, à essayer d’avoir une autre compréhension des problèmes de l’élève, qui font que ce dernier peut se retrouver en difficulté.


G : Pourquoi travailler dans une école avec des enfants ?

E.H : Je suis en mi-temps à l’École car je travaille l’autre moitié du temps dans une institution avec des enfants qui sont placés en famille d’accueil car ils ont eu des problèmes familiaux : un juge a décidé que l’enfant ne pouvait pas rester avec sa famille.

Depuis toujours, je suis très intéressé par l’idée d’aider et d’accompagner des enfants, des adolescents à essayer de sortir de leur difficulté. Moi-même j’ai eu un parcours scolaire qui a été compliqué, et c’est cela qui m’a amené à réfléchir sur moi, et à essayer de comprendre pourquoi ça peut être difficile l’école, les rencontres avec les autres, les relations avec les parents, et puis de fil en aiguille, ça m'a beaucoup intéressé ce travail là, en me disant que si ça m'avait aidé, moi, ça pouvait peut-être aider les autres...

G : Recevez-vous des professeurs également ?

E.H : Oui. On en parle lors de nos passages dans les classes de 6e. Ça arrive que des professeurs viennent nous voir à propos d’un élève ; ils sont parfois inquiets, parfois en colère. Souvent, ils se sentent en situation d’échec par rapport à un élève, et le professeur n’aime pas se sentir en situation d’échec, parce que ça leur envoie une mauvaise image d’eux-même.

Les professeurs comme les élèves peuvent nous solliciter. Parfois c’est en salle des profs, parfois c’est dans nos bureaux...

G : Si vous deviez décrire les principales tâches que vous effectuez au cours d’une semaine type ?

E.H : C’est une question intéressante… Nous sommes là pour écouter, c’est notre activité principale, et quand je dis “écouter” je veux dire essayer d’entendre derrière ce qu’on nous dit, d’autre chose qu’on ne nous dit pas explicitement, mais par le comportement. Encore une fois, le psychologue est là pour aider le patient à trouver une solution, il n’en a pas lui-même. C’est au moins 80% de notre temps.

Mais on a aussi une partie où on est là pour réfléchir et conseiller les C.P.E ; on les voit chaque semaine, et on essaye de réfléchir avec eux aux élèves qui ont des problèmes, que ce soit des problèmes de comportement, des difficultés scolaires ou des problèmes familiaux etc… Et on essaye de réfléchir à qui est le mieux placé pour intervenir auprès de l'élève : est-ce que c’est le psychologue ? Le C.P.E ? Le directeur ?

Ça nous arrive aussi de faire des rapports ; je n’en fait pas trop à l’école, mais dans mon autre activité, je dois souvent écrire au juge, pour lui parler de tel ou tel enfant, lui dire que j’ai vu cet enfant un certain nombre de fois, et pour lui dire si cet enfant va mieux, ou pas. Je dois aussi rendre compte de mon ressenti par rapport à la situation de l’enfant. Donc mon travail c’est aussi d’orienter.

G : Est-ce que les élèves vous consultent plus souvent à un âge qu’à un autre ?

E.H : Bonne question, ça aussi ! Il n’y a pas de règles, c'est assez bien réparti. On a quand même un peu plus d’élèves au lycée, car les lycéens ressentent parfois des angoisses concernant les enjeux, notamment en terminale. Et je pense aussi qu’ils sont plus grand et que c’est donc pour eux plus facile de venir nous consulter. Il y a aussi un peu plus d’élèves au collège : l’entrée au collège peut être aussi une période de transition, qui peut générer des angoisses.


G : Si les élèves vous demande, vous ne citerez pas leur nom ?

E.H : C’est ce qu’on explique quand on passe dans les classe de 6e, ici c'est un lieu de secret, il y a une certaine confidentialité. Et les parents le savent, les élèves peuvent venir nous voir sans venir en parler à personne. Et ça, c’est une spécificité de l’École, ça n’existe pas dans les autres écoles. Mais par contre, au bout d’un moment, si il y a un vrai conflit, et que cette situation présente un danger, on va en parler. Mais on va accompagner l’élève, on ne va pas le “planter au pied du mur”, en lui disant : “ça, je ne peux pas le garder pour moi” ; on va toujours l’accompagner.

G : Constatez-vous une évolution par rapport au nombre d’élèves qui viennent vous consulter ? Si oui, à quoi pensez-vous que cela est dû ?

E.H : Je crois que d’une part, beaucoup d’élèves vont voir des psychologues en dehors de l’école. Donc c’est rentré dans le meurs d’aller voir le psychologue. Maintenant, c'est beaucoup plus normal. Et vos générations sont beaucoup plus préparées au fait qu’on a pas besoin d’être fou pour voir un psychologue. Ce n’était pas du tout pareil avant, il y a vingt ans par exemple. Donc oui, il y a eu une évolution positive.

G : Dans le contexte actuel, cette question se doit d’être posée : Avez-vous des élèves, des professeurs qui sont venus vous voir par peur du Coronavirus ?

E.H : Pas spécifiquement autour de cette questions là, pas encore. Mais c’est vrai que je m’attend -il y avait eu les même mouvements lors des attentats de Charlie, du 13 novembre- à voir plus d’élèves. L’ambiance générale, pour des élèves déjà fragiles, ça vient rajouter de l'inquiétude. Et c'est sûr que dans ces contextes, on voit plus d’élèves. J’en ai déjà vu plusieurs aujourd’hui. C’était pas par rapport à la Covid-19 qui venaient me voir, mais je pense que le contexte, et l’ambiance générale contribuent à augmenter les inquiétudes.


Merci beaucoup M.Hervé, d’avoir répondu à nos questions !

Propos recueillis par Alexandre Barbaron et Julien Pannier

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