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100% géopolitique : La crise migratoire biélorusse

1. Le Bélarus

Le Bélarus, ou Biélorussie, est un pays d’Europe de l’Est enclavé. Ses pays limitrophes sont la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Russie et l’Ukraine. Ses langues officielles sont le russe et le biélorusse et sa capitale est Minsk. Le pays est considéré comme une des dernières dictatures d'Europe (avec l'Azerbaïdjan). C’est aussi le seul pays d’Europe qui ne fait pas partie du Conseil de l’Europe.

Son président est Alexandre Loukachenko, et occupe cette fonction depuis 1994. L’été 2020, il a été élu de nouveau avec 80 % des voix. Le scrutin a été considéré comme truqué. De plus, les manifestations critiquant les résultats ont été réprimées violemment. Après le rapatriement du journaliste et militant Roman Protassevitch et ce contexte d’élections, de nombreuses sanctions ont été prises contre le Bélarus par les pays occidentaux, notamment ceux de l’Union Européenne. Le gouvernement biélorusse a donc décidé de riposter… Grâce aux migrants.


2. Le trajet des migrants

© Wikipédia

La compagnie aérienne biélorusse Belavia commence donc à proposer des vols à partir d’Irak et du Kurdistan plusieurs fois par semaine. Ainsi, les migrants peuvent rejoindre la capitale du Bélarus, Minsk, légalement et plus rapidement. Les avions passent par la Turquie et la Russie, alliés de la Biélorussie. Ainsi, à partir du pays d’Europe de l’Est, ils pourraient arriver facilement vers des pays de l’Union Européenne, comme la Lituanie, la Lettonie ou la Pologne.


3. Dans les pays Baltes

© Wikipédia

À partir du printemps 2021, beaucoup plus de migrants arrivent dans le pays que d’habitude. Les émigrés venant de Biélorussie sont placés dans des camps d’hébergement. Cependant, en juillet 2021, le président de Lituanie, Gitanas Nausėda, crée une nouvelle loi interdisant aux migrants de quitter ces camps. Des députés du pays ont estimé que cette décision était contraire aux droits de l’homme, et anticonstitutionnelle. Finalement, le pays a payé la construction d’une barrière de barbelés longue de 500 kilomètres, pour un coût de 150 millions d’euros. Toutes les 230 demandes d’asile des migrants depuis le Bélarus ont été rejetées. Les Lituaniens refusent vivement la construction de camps près de leurs lieux de domicile. Dans le village de Verebiejai, des villageois ont par exemple fait une grève de la faim (même les enfants ont eu interdiction de se nourrir).


À partir d’août 2021, les migrants vont trouver un nouvel itinéraire vers l’Union Européenne, cette fois en passant par un autre pays Balte : la Lettonie. Le 9 août, 200 migrants sont arrêtés à la frontière biélorusso-lettone. Le 12 novembre, le gouvernement approuve la construction d’un mur de 173 kilomètres à la frontière.


4. En Pologne

© rtbf.be

La Pologne annonce en août 2021 la construction d’une barrière de 150 kilomètres de long (sur les 400 kilomètres de frontière avec la Biélorussie). Minsk pousse à partir de novembre les migrants à traverser la frontière, de rentrer dans l’Union Européenne et de demander l’asile. Cependant, les gardes-frontières polonais les refoulent, ainsi que ceux du Bélarus. Les migrants se retrouvent donc entre deux eaux, dans un territoire marécageux où les températures moyennes en automne avoisinent les 0°C, parfois avec des enfants. Cependant, ils ne possèdent pour la plupart ni eau, ni vêtements adéquats.


La Pologne interdit toute photo à la frontière. Une journaliste de la chaîne Arte et son caméraman sont ainsi comparus devant la justice polonaise, menottés.


Plusieurs migrants sont morts à la frontière, le plus souvent de froid ; en effet, très peu de migrants réussissent à la traverser. Les gardes-frontières polonais n’ont pas hésité à utiliser des gaz lacrymogènes contre les migrants lorsqu’ils ont essayé de détruire les clôtures les séparant de la Pologne, en les coupant, ou à l’aide par exemple de troncs d’arbres.


En octobre 2021, le pays légalise le refoulement de migrants par la force. La présidente d’Amnesty International, Eve Geddie, déclare : « Forcer le retour de personnes qui tentent de demander l'asile sans une évaluation individuelle de leurs besoins de protection est contraire au droit européen et international. »


5. Sanctions et dialogue

© magyarhirlap.hu

Plusieurs sanctions ont été prises contre la Biélorussie, notamment celle de la complication d’obtention de visas pour l’Union Européenne depuis le pays. Le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis ont aussi sanctionné 17 individus et entités biélorusses qu’ils accusent de « violations répétées des droits humains ».


Le Bélarus a répondu en affirmant réduire ses importations (de fruits et légumes, de produits laitiers et de viande) depuis l'Union Européenne, le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis à partir de janvier 2022.


Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, accuse la Russie de soutenir les actions de la Biélorussie, dans le but de déstabiliser l’Union Européenne.


La chancelière allemande et le président bélarusse se sont entretenus par téléphone, puisque l’Allemagne est le premier pays d’accueil des migrants, pour trouver des solutions à la crise, notamment par rapport à l’aide humanitaire qui serait nécessaire.


Mais serait-ce, comme l’affirme le premier ministre polonais, une « guerre d'un type nouveau dans laquelle les réfugiés sont utilisés comme boucliers humains » ? La Russie essaie-t-elle de s’imposer dans la région par la force ?



Hector Ono-dit-Biot


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