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Anecdotes de profs #2


 
Lionel Menasché

M. Menasché

La salle 611


Il m’est très difficile de choisir une seule anecdote. Pour un ancien élève, l'École tout entière est une gigantesque madeleine de Proust, un immense palimpseste composé de visages, de coins de trottoir, de cours de récréation, d’arbres, de murs (rarement dénués d’inscriptions), de phrases qui résonnent et de salles de cours qui nous rappellent notre histoire. Les salles de cours justement ! Il en est une que j’affectionne plus que les autres : la salle 611 est traversante et, chose rare, la lumière du jour y pénètre des deux côtés. C’est un poste idéal pour s’évader en regardant par les fenêtres et songer quelquefois au Pauvre Lélian : « Le ciel est, par-dessus le toit, / Si bleu, si calme ! ».


Or, je me souviens qu’à l’époque du lycée, mes camarades – pardonnez-leur – s’étaient lancé un défi absurde, celui de s’évader littéralement, non pas de leur cellule, mais de leur cours de latin. En passant par la fenêtre ? Au moyen d’une échelle de draps ? Non, ils avaient filé discrètement, l’un après l’autre, en empruntant l’issue de secours qui se trouve au fond de la salle, pendant que leur professeur écrivait au tableau, un peu comme dans une scène des Quatre Cents Coups. L’histoire ne dit pas si le professeur s’était laissé tromper ou s’il avait feint d’ignorer la manœuvre, assez inoffensive, que les élèves avaient tramée derrière son dos. Quoi qu’il en soit, presque trente ans après, je ne manque jamais de saluer le fantôme de ces vieux amis et de ce vieux professeur, quand j’ai l’occasion de faire cours en 611. Et lorsque mes élèves ont quitté la classe, il m’arrive de m’enfuir à mon tour, en prenant l’escalier dérobé qui donne en face du bâtiment de la Direction. À deux pas du monument aux morts.



 

Clémence Bourdier

Mme Beaufils

Des élèves un peu trop sages


Lorsque je suis arrivée à l’École, les premiers temps, j’étais surprise du comportement des élèves que je trouvais très courtois et très polis : ils tenaient la porte aux adultes, disaient bonjour, étaient attentifs à tout moment. J’étais habituée à un public d’adolescents plus agités, et je me suis demandée s’ils n’en faisaient pas trop, et pour quelle raison ? J’ai commencé à douter de leur sincérité et me suis demandé pendant un certain temps où était le piège ? Il se trouve qu’il n’y en avait pas, que leur attitude n’était pas intéressée, et qu’ils avaient simplement un comportement cordial !

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