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Un métier, une interview : Expert et Négociant en Philatélie


Graffiti : Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Bernard Laurent : Bonjour, je m’appelle Bernard Laurent. Je suis à la fois négociant et expert en philatélie. Avec ma femme Christine Laurent, nous possédons un magasin philatélique : Bernard Laurent Philatélie qui se trouve à 7 rue de Châteaudun dans le IXè arrondissment.


G. : Qu’est-ce que la philatélie ?

B. L. : La philatélie est l’étude et la passion des timbres. Cela fait plus de 150 ans qu’elle existe puisque le premier timbre au monde a été créé en 1840 en Grande-Bretagne par Sir Rowland Hill. Puis, en France en 1849, au début de la Deuxième République le premier timbre poste est émis. Avant, c’était au récepteur de la lettre de payer. Or, de plus en plus de récepteurs refusaient de payer. Pour pallier ce problème, il a été décidé de faire payer l’expéditeur. Le timbre est donc le produit de cette décision, il représente le prix payé par l’expéditeur. Aujourd’hui, quand on parle de philatélie, on pense surtout à « une occupation de papy », en réalité la philatélie est très différente de cela. Plutôt que d’aligner des rangées de timbres dans des albums, les collectionneurs privilégient plutôt l’histoire associée au timbre. Il est plus commun d’essayer de trouver le document (lettres, documents officiels). La philatélie est ainsi une manière de découvrir l’Histoire, et des collections se constituent à partir de cela. Certaines personnes constituent par exemple des collections philatéliques du siège de Paris [de septembre 1870 à janvier 1871] durant lequel la poste fut envoyée par ballon monté, Paris étant encerclé et isolé !


G. : Que signifie Négociant et Expert en philatélie de votre métier ?

B. L. : D’un côté je suis expert en philatélie, ce qui implique une identification et une analyse des timbres. Je suis affilié à la CNEP [chambre syndicale française des négociants et experts en philatélie] en tant qu’expert. Je peux donc estimer la valeur de collections. Cela peut être fait dans plusieurs cas : soit en cas d’héritage d’une collection, soit pour un placement d’assurance ou bien juste si un collectionneur veut connaître la valeur de sa collection. D’un autre côté je suis négociant, c’est l’aspect purement économique de mon métier. Dans le cadre d’une expertise de collection, les propriétaires veulent souvent vendre leur collection. Aujourd’hui, en France, nous sommes 400 professionnels membres de la CNEP. Cela peut sembler être une niche économique mais nous sommes intégrés au domaine culturel, dans le cadre de la vente des antiquités.


G. : Comment rencontrez-vous des personnes revendant leurs collections ?

B. L. : Il y a différentes manières de trouver des lots à acheter. Je suis souvent amené à participer à des ventes aux enchères où des collections sont mises en vente. Mais je peux aussi trouver des collections lorsque je me déplace en France pour faire des expertises. En mettant des annonces dans les médias locaux, souvent de nombreuses personnes viennent pour faire estimer la valeur de leur collection, parfois pour me la vendre. Il y a aussi une part de chance puisque autour de mon magasin il y a plus d’une dizaine de professionnels de la philatélie. On a parfois de la chance que quelqu’un visite notre magasin plutôt qu’une autre boutique.


G. : Pourquoi avez-vous choisi la philatélie ?

B. L. : La philatélie a été ma passion, j’ai donc décidé d’en faire mon métier. Comme le dit le vieil adage “on vend toujours bien ce qu’on aime bien”. C’est vrai pour moi avec les timbres. Et puis, en recherchant des lots à acheter, et en vendant les timbres, je rencontre d’autres collectionneurs qui partagent la même passion.


G. : Comment s’intègrent les nouvelles technologies à la philatélie ?

B. L. : C’est surtout ma femme qui s’occupe de la partie numérique de notre magasin. La partie recherche de timbres est notamment grandement aidée par internet. Il y a notamment des sites spécialisés sur lequel on trouve des lots. On réalise également une grande partie de nos ventes sur internet, notamment sur Delcampe. On ne vend pas qu’en France mais aussi à l’international, notamment aux Etats-Unis. La philatélie est vraiment une passion mondiale !


G. : Vous avez également votre propre collection, quelle est votre spécialité ?

B. L. : Ma spécialité est les documents des anciennes colonies françaises, notamment les pays de l’Afrique Équatoriale Française : ces pays sont les premiers à avoir rallié la France Libre. Je m’intéresse plus particulièrement à l’histoire postale du Cameroun. Ce pays a une histoire coloniale mouvementée puisqu’avant la Première Guerre mondiale, elle appartenait à l’Allemagne. Dès 1914, un corps expéditionnaire franco-britannique part au Cameroun, transposant également la guerre en Afrique. Une histoire politique mouvementée donne ainsi souvent une philatélie riche.



Propos recueillis par Paul Laurent-Levinson

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