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Sénégal : un échange mutuel

Après deux ans d'annulation en raison de la Covid, le célèbre voyage solidaire au Sénégal de l'École a eu lieu de nouveau en février 2023. Une centaine de candidats ont postulé, mais seulement 28 élèves ont été sélectionnés. Ce voyage, existant depuis 2014, a motivé beaucoup d'élèves qui en entendaient parler depuis leur enfance. Un de nos journalistes a ainsi rencontré des élèves et des professeurs partis pour en apprendre un peu plus.


Cette année, le joyeux groupe est parti le 13 février et est rentré le 27 février. À leur arrivée à Dakar, le groupe de seconde et de première s'est divisé en deux équipes égales : la moitié est partie pour M'Bodiène et l'autre pour Mbour. Au milieu du séjour, ils ont échangé de village. Dès leur arrivée, les élèves ont été choqués par les différences culturelles entre les Français et les Sénégalais. Ce qui a le plus marqué nos élèves est la générosité des Sénégalais qu'ils ont rencontrés. En effet, ce voyage a pour but d'apporter aux locaux un soutien matériel, mais les élèves sont revenus avec l'impression d'avoir reçu plus qu'ils n'ont donné. Pour eux, ce voyage est devenu un échange mutuel. Les Sénégalais leur ont apporté énormément sur le plan culturel et émotionnel, leur transmettant des valeurs et des passions.


Le groupe de l'École alsacienne est arrivé avec une importante quantité de médicaments, de fournitures scolaires et d'autres produits. Les Français ont été touchés par la pauvreté des villages qu'ils ont visités. Les femmes vont encore chercher de l'eau aux puits et ramassent des brindilles pour faire du feu. On croise souvent des charrettes tirées par des ânes, il y a beaucoup d'habitations en bois et en tôles. Et les élèves, en particulier, étudient dans des conditions difficiles (50 par classe, matériel en piteux état). Malgré ces conditions de vie compliquées, les Sénégalais rencontrés avaient toujours le sourire. Ils étaient toujours prêts à partager et à donner. Les valeurs de la générosité et de la solidarité sont, selon les élèves, ancrées dans la culture sénégalaise. Par exemple, l'école de M'Bour dispose d'une infirmerie qui est destinée aux élèves mais qui sert en réalité à tous les habitants du village. Ainsi, les médicaments apportés par l'École ont eu une influence plus grande qu’on le pensait. On aurait dit à Monsieur Sack, professeur de lettres de l'École : « Donnez-nous pour qu'on puisse donner ».


Au Sénégal, la musique et la danse ont une place importante dans la culture. Le groupe français a notamment été accueilli par une cérémonie de discours entrecoupée de chants et danses. Selon Richard Sack, « dès qu’il y a la moindre occasion, ils dansent ». La musique est ancrée dans la vie quotidienne, même à l'école. Après une leçon de mathématiques, l'enseignante peut prendre son djembé et les enfants dansent immédiatement. Selon Véronique Bats, "les enfants sont bercés par les percussions dès leur plus jeune âge". Elle affirme qu'il n'y a aucune inhibition ni jugement, et que les enfants et les adolescents sont très à l'aise avec leur corps. Cette expérience a tellement marqué l'institutrice de 8e que maintenant elle fait danser ses propres élèves le matin sur des musiques sénégalaises !


Les Français ont eu la chance d'assister à des cours en maternelle, au primaire, au collège et même au lycée. Ils ont joué avec les plus jeunes et écouté les cours des adolescents. Les élèves ont notamment assisté à des cours de français de lycéens où ils étudiaient la négritude, un mouvement littéraire et politique de l'entre-deux guerres. En effet, les cours dans les établissements scolaires portent autant sur la littérature française que sur la littérature africaine. Fleur Gachet, élève de 1re2, m'a confié : "le Sénégal a bien intégré tout le programme français, pourquoi ne rendrions-nous pas la pareille ?".


Le Sénégal a bien intégré tout le programme français, pourquoi ne rendrions-nous pas la pareille ? - Fleur Gachet (1re2)

Nos lycéens se sont adonnés au travail dans les champs afin de découvrir l’agriculture qui fait vivre les personnes qu’ils côtoyaient et également pour les aider dans leurs tâches. Dans cette région rurale, les méthodes traditionnelles sont privilégiées : les charrettes et les chevaux sont utilisés, les paysans n'utilisent pas de machines seulement la force de leurs bras et des outils. Cette approche est dictée par des contraintes économiques mais également par un fort attachement des habitants à la nature. Monsieur Sack a souligné que les locaux étaient étonnés de l'intérêt porté par les Européens à l'origine de leur nourriture. Eux ont besoin de savoir d’où vient ce qu’il se retrouve dans leurs assiettes afin d’ « être en phase totale avec la nature ».


Les Français ont rapidement établi des liens avec les habitants locaux, faisant preuve d'ouverture et de curiosité. Monsieur Sack a notamment rencontré un vieil artiste sur la plage. Ils ont échangé et l’homme l’a invité à prendre le thé sans rien attendre en retour. C’est devenu un rituel quotidien, ils sont encore en contact aujourd’hui.





Les élèves ont également passé une journée sur l'île de Gorée, où certains ont pu rencontrer des Sénégalais avec qui ils avaient correspondu par lettre l'année précédente. Fleur Gachet a retrouvé Binta avec joie : « c'était un moment extrêmement émouvant, que de pouvoir associer un visage à cette correspondance ». Au début, Fleur avait peur que Binta ne la reconnaisse pas, mais dès le premier regard, elle lui a immédiatement sauté dans les bras. Elles ont passé la journée ensemble et se sont très bien entendues. Fleur décrit Binta comme quelqu’un d’extrêmement bon et généreux, « elle m'a offert son parfum (ce qui est super touchant parce qu'elle n'a pas forcément les moyens de s'en acheter souvent) et a offert un bracelet à Joséphine [Dufeigneux, en 1re2] ».


Attention, ce voyage ne s'est pas limité aux 15 jours passés là-bas. Selon Joséphine Dufeigneux, il a constitué un véritable "bouleversement de nos vies". Gabriel Faye, AESH à l'École et Sénégalais d'origine, pense que cela a été une véritable prise de conscience pour les élèves qui se disent probablement : "après avoir vu cela, je me sens un peu favorisé". C’est pour cela que de nombreux projets sont en cours pour continuer à aider les habitants locaux. L’institutrice Véronique Bats le dit : ce projet « C’est pas un voyage, c’est un engagement ».


À partir de maintenant, les actions à venir vont être multiples. Une « Soirée Sénégal » aura lieu le samedi 17 juin au soir avec de la musique et de la nourriture locale. L'objectif est de faire connaître le voyage et les différents engagements pris. Par la suite, lors de la fête de l'École le 10 juin, un stand Sénégal sera présenté. Des cagnottes seront lancées pour collecter des fonds afin d'acheter du matériel, comme des tableaux à craie, un bus et une photocopieuse. Il est également possible de parrainer des enfants dans une pouponnière sénégalaise à hauteur de cinq euros par mois.


L'objectif final est que les élèves qui ont participé au voyage passent le relais aux prochains élèves, et qu'il y ait une continuité réelle au fil des années. Des projets pour le voyage de 2024, tels que la création d'un potager et la collecte de fonds, sont déjà en préparation. Si cette expérience vous tente, n'hésitez pas à postuler !



Jeanne Fatome

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