Comment le football français a-t-il perdu autant d'argent ?

Alors que Canal+ a finalement conclu un accord avec la LFP, Graffiti s’interroge sur ce qui a mené à ce drame pour les clubs de Ligue 1 et ce que le futur nous réserve.

Jaume Roures, le président de Mediapro, ici sur le plateau de Téléfoot, jugé responsable de la faillite de Mediapro en France

Le ciel est encore très gris pour le football français. Alors que la pandémie frappe très fortement la France (on vit donc une saison à huis clos – aucune recette des stades soit 400 M€ de pertes dans la Ligue), une deuxième crise touche le football français : l’échec de Mediapro. Cette compagnie sino- espagnole avait acheté la quasi-totalité des droits tv de la Ligue 1 et de la Ligue 2 (80 % des matchs dans les deux ligues) pour la période 2020-2024 (respectivement pour 796 M€/an et pour 34 M€). Le pactole des droits tv (avec 330 M€ de Canal+, 80 M€ de beIN à l’étranger et 42 M € de Free) avait ainsi atteint les 1,2 milliards €, une hausse de 53 % par rapport aux droits sur la période 2016-2020 (808 M€).

Mediapro France avait créé sa propre chaîne, Téléfoot, afin de diffuser les rencontres de football acquises, ayant un accord avec SFR afin de co-diffuser les rencontres de football européen (C1 et C3). Mediapro tablait sur un total astronomique de 3,5 millions d’abonnés, mais beIN sports avait eu besoin de 6 ans afin d’atteindre ce chiffre, étant alors le diffuseur unique de nombreuses compétitions dont la C1 et d’autres championnats européens. En août, avant le premier paiement, Mediapro avait dû emprunter 60 M€ pour pouvoir assurer son premier paiement auprès de la LFP d’environ 90 M€. En octobre, le groupe n'a pu honorer son deuxième paiement de 172 M€, il n’avait alors qu’atteint les 600.000 abonnés. Il a pointé du doigt la pandémie et avait alors saisi le tribunal de commerce de Nanterre afin d’avoir une baisse du prix. En décembre, ce n’était pas surprenant que Mediapro avait une nouvelle fois refusé de payer la LFP (estimant qu’il n’était pas redevable tant que l’affaire auprès du tribunal était en cours).

La LFP avait alors décidé d’entamer une rupture du contrat avec Mediapro dans lequel il payait 64 M€ à la Ligue et qui comprenait la diffusion de l’intégralité de leurs matchs par Téléfoot jusqu’à ce qu’il y ait un contrat avec un nouveau diffuseur. Les clubs avaient ainsi perçu environ 150 M€ sur les environ 430 M€ que Mediapro leur devait, soit environ 35 % du total dû.

La LFP avait alors décidé de faire un appel d'offres des lots de Téléfoot, devant le refus de Canal+ et de beIN sports qui pensaient que leurs lots devaient aussi être remis aux enchères, puisqu’ils avaient payé plus qu’ils ne le devaient à cause de Mediapro. Cet appel d’offre avait été infructueux, aucune des offres n’ayant rencontré le minimum fixé par la LFP. Une nouvelle étape avait alors commencé : la LFP pourrait alors négocier avec n’importe quel diffuseur pour finir la saison. Un accord a alors été conclu avec Canal+, qui menaçait d’arrêter ses paiements si la LFP ne remettait pas ses lots aux enchères. Celui-ci apportait 35 M€ supplémentaires de ce que devait déjà Canal+ à la LFP et a donc été perçu comme un soulagement à nombre de dirigeants du foot français puisqu’il signifie que Canal+ accepte de payer son contrat jusqu'à la fin de la saison. Il signifie que la Ligue touchera 627 M€ d’ici à la fin de la saison, donc une perte de 611 M€ soit 49,4 % de perte. Cela donne plus d’un milliard de pertes en ajoutant celles liées à la perte des profits des stades. Certains s'inquiètent donc pour leurs clubs, notamment les plus faibles, puisque celles-ci pourraient signifier la faillite si rien ne change.


comparaison des paiements censés avoir eu lieu et des paiements effectués

Les clubs envisagent désormais plusieurs solutions pour éviter la faillite : la baisse des salaires de certains joueurs et le chômage partiel pour certains de leurs employés. Mais les dégâts sur le football français sont faits et risquent de durer plus longtemps, notamment le prix des droits tv qui risque d’être bien plus bas que les années précédentes pour la période 2021-24 et peut-être même au-delà. Il faudrait donc envisager de nouvelles solutions, notamment par la vente à l’étranger des droits tv. La Ligue 1 ne les vend que pour 80 M€, bien loin des 300 M€ en Italie ou encore des 1,3 milliards € en Angleterre dans ce domaine. Il faudrait donc que la Ligue 1 pense plus à s’exporter avec, par exemple, comme égéries mondiales Neymar au Brésil ou Marco Verratti en Italie. Le point faible de cette stratégie étant l’Amérique du Nord qui possède un des plus gros marchés mais qui n’a aucun joueur majeur en France.



Paul Laurent-Levinson


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Sources :

mediasportif.fr,

Le Parisien,

sportbusinessmag.com,

BFMTV/RMC Sport,

France Football


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