top of page

Un métier, une interview : auteur jeunesse

Vous connaissez peut-être Kiki et Aliène, les extra-terrestres héros de la bande dessinée d’Astrapi. Derrière leurs blagues, comme derrière les énigmes du Journal de Toto ou l’intrigue du roman Violette Hurlevent, il y a quelqu’un dont le métier est d’écrire ces scénarios, ces histoires : Paul Martin.

 

Graffiti : Comment avez-vous commencé à être auteur pour enfants ?

P. M. : Après une école de commerce, j’ai fait un stage de commercial chez Bayard Presse. J’avais envie d’écrire pour les enfants, on m’a fait faire des essais et ça a plu ! Au début, j’écrivais plutôt sur l’actualité ; on m’a demandé de faire des jeux de bricolage, et c’est comme ça que j’ai commencé. J’ai inventé une bande dessinée d’aventure avec deux enfants qui travaillent dans un cirque - Ivan et Vanda - illustrée par Marc Wafterlain.

Je n’étais pas à Astrapi depuis longtemps quand on a dû faire une maquette de maison hantée dans le journal. Comme il restait un peu de place, avec un copain, nous nous sommes dit qu’on pourrait utiliser les quelques pages restantes pour raconter les histoires de ces personnages. On en a fait ensuite des petits livres qui sont devenus une série de romans humoristiques, Maudit Manoir, et une bande dessinée. On a fait en tout 13 petits romans, qui ont été traduits dans le monde entier, et on a continué la bande dessinée Maudit Manoir jusque dans les années 2000. Je faisais des bandes dessinées, des gags, des jeux, les blagues du 1er avril, des conseils de bricolage... Et au début des années 2000 j’ai créé Kiki et Aliène. J’étais à l’aise pour les petites blagues mais les trucs longs me faisaient un peu peur... Alors quand j’ai décidé de quitter Astrapi il y a cinq ans, j'ai voulu continuer à écrire pour les enfants et faire des choses que je n’avais pas eu le temps de faire. C’est comme ça que j’ai écrit mon premier long roman, Violette Hurlevent (Éditions Sarbacane), dont la rédaction m’a pris deux ans et demi.


G : Comment vous viennent les idées de gags, d’énigmes et d’histoires ?

P. M. : Elles me viennent le mieux quand je me suis à moitié endormi, quand je fais la sieste ou au milieu de la nuit... Je tourne les trucs dans ma tête et les idées arrivent.

Pour Kiki et Aliène (qui sont des extra-terrestres qui ne comprennent pas la vie sur Terre), je prends un objet banal que je regarde en me demandant comment ils pourraient se tromper d’utilisation, et ce que cela pourrait donner comme gag. Il arrive aussi qu’on me commande un texte avec un thème imposé... Et ça m’aide ! Par exemple, aujourd'hui, pour Le Journal de Toto, il fallait que j’écrive une énigme sur le thème des frites. Ça peut sembler bizarre, mais c’est plutôt plus facile de travailler avec un thème. Et je note toutes mes idées sur un carnet. Même quand on travaille à plusieurs sur un projet, j’aime bien réfléchir seul d’abord, parfois en gribouillant, parce que les idées me viennent et se concrétisent aussi en dessinant. Je fais plutôt les jeux et les trucs techniques le matin, et j’ai plutôt tendance à écrire les romans l’après-midi.



Paul Martin
Paul Martin

G : Testez-vous vos gags, vos blagues et vos jeux ?

P.M. : Je ne les teste pas vraiment ; si ça me fait rire, je les envoie à l’éditeur. Parfois ils me disent que ça ne leur plait pas, et ça m’arrive de défendre mon idée, de changer un peu, ou de laisser tomber. Parfois je teste des jeux pour voir s’ils sont faisables, et je les envoie à des enfants. Parfois aussi, je raconte des idées de gags à des copains ou à mes filles ; Isabelle ma compagne me relit à l'occasion et me donne son avis.


G : Pour les bandes-dessinées dont vous écrivez les scénarios, comment travaillez-vous avec les dessinateurs ?

P. M. : Pour le roman Violette Hurlevent, les idées sont venues du dessinateur et j’ai imaginé l’histoire à partir de ses dessins, mais en général, c’est l’inverse. Je travaille de façon assez solitaire, je fais un scénario ou une histoire, je dessine de façon assez détaillée ce que j’ai dans la tête, puis je l’envoie au journal ou à l’éditeur qui ensuite le transmet au dessinateur. Selon le projet, il arrive que les dessinateurs me renvoient un crayonné, et je regarde s'il y a un truc qui cloche. Pour les énigmes, c’est important de regarder les détails pour être sûr qu’elles fonctionnent.


G : En moyenne, quel âge ont vos lecteurs ?

P. M. : J’écris la plupart du temps pour des enfants âgés de 7 à 12 ans ; parfois il m’arrive d’écrire pour les plus petits de l’âge de Pomme d’Api ou pour les plus grands. J’aime bien cette tranche d’âge, même s’il y a de grandes différences entre 7 et 12 ans, parce qu’il n’y a pas beaucoup de contraintes pour un auteur : on peut écrire des textes compliqués, y mettre beaucoup d’humour, de la fantaisie, ou des choses sérieuses ; c’est un âge auquel les enfants s’intéressent à tout ! Et puis il y a de la place pour les dessins, alors que pour les plus grands, il y a moins d’images, moins de fantaisie. C’est aussi un âge où c’est très sympa de rencontrer ses lecteurs, en classe par exemple. Ils posent plein de questions, alors que les ados sont plus réservés ! Ceci-dit, Violette Hurlevent est aussi lu par des adultes. Et Kiki et Aliène aussi, ça peut arriver.


G : Quand vos enfants ont grandi, vous n’avez pas eu envie d’écrire pour les plus âgés ?

P. M. : En fait, il y a des gens qui commencent à écrire pour les enfants quand ils en ont. Ce n’était pas mon cas, je ne les ai pas attendus pour faire ce métier ! J’ai plutôt eu envie de faire les livres que j’aurais aimé lire enfant, je les ai écrits sans penser à un public, même si quand elles ont grandi, ça a été super chouette de voir mes filles les lire. Et aujourd’hui je discute avec elles de mon travail comme avec n’importe quel adulte !


G : Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait faire votre métier ?

P. M. : C’est un métier très ouvert, il n’y a pas de diplôme ou d’études spéciales à avoir ou à faire. Comme dans tous les métiers artistiques, on n’est pas forcément très bon au début ; et plus on travaille, plus on apprend.

Mon conseil, c’est de continuer, de persévérer, même quand on n’est pas content de soi. Quand je me rends dans des classes, je rencontre souvent des enfants qui dessinent, qui font des mangas, et qui ne veulent pas me montrer ce qu’ils ont fait parce que c’est pas fini. Mais c’est pas grave ! Quand j’étais petit, j’ai fait plein de trucs que je n’ai pas finis ! Il faut garder tout ce qu’on fait, même ce dont on n’est pas fier, parce qu’un jour, ça sert. Et puis, il n’y a pas que le génie ou l’inspiration : il faut partager, demander conseil, échanger sur ce qu’on fait - maintenant on peut le faire sur des forums sur internet - ça peut être très motivant, très utile. Et bien sûr, c’est toujours bien de lire beaucoup, ça aide pour l’écriture.



Merci beaucoup Paul Martin d’avoir répondu à nos questions ! Propos recueillis par Simone Faure

53 vues
bottom of page